Atelier Céladon

Can the Subaltern Read?

subaltern

Photograph by Abbas. Female students in a zoology lab at Cairo University, 1987.

Can the Subaltern Read?

NAZIK DAKKACH

Sat. Dec. 3
5:30 — 7pm

When we ask “can the subaltern read?” we are really asking “can we read for each other?”

In responding to Deleuze and Guattari's enunciation of their economy of desire and lack, Chris Kraus writes,“desire isn't lack, it's surplus energy—a claustrophobia inside your skin.”¹ And of course Kraus is white, educated, wealthy, and famous. Yet, her observation hits home. The definition she brings forward may be useful when attempting to understand the sense of restlessness and expansiveness that we find in each other when navigating BIPOC queer and trans networks and racialized femme realities: in friendships, in intimacy, and through writing and artistic production.

These are precisely the people and the works that are often made to feel and appear “lacking.”

The issue here isn’t exactly located in identifying what we need to receive in order to pacify or correct a state of lack but rather how (and if) the world can receive us as legitimately desiring beings. The act of writing is driven by desire. Doing the work you love is a transfer of desire into the world. Simultaneously it is a privilege to be desirable, to be received, welcomed, wanted, taken care of. If one also considers race and class as regulatory parameters of these transactions, it becomes apparent that the distribution of surplus desire also overlaps with surplus (emotional) labor, while patriarchy and the free market metabolizes everything.

This excess of energy (an almost unbearable surplus of survival) isn’t only located under the skin of the desiring subaltern body (equal parts anger and enthusiasm). Excess is also articulated at another level: in the very way the presence of racialized bodies exceeds institutional environments, as BIPOC students scholars and cultural workers often enter institutions as “space invaders.”² This reality only mirrors the general terms of the circulation(s) of racialized bodies in society. And maybe too often they are made to read the powerful (in this case Deleuze, Guattari, Kraus), made to read the powerful for the powerful, invited to demonstrate that they can recognize the words, that they can atone. Maybe as a result when they take on the task of writing, it is too often to justify their excess, to make themselves known.

Which is why when we ask “can the subaltern read?” we are really asking “can we read for each other?”


Bring books and texts that move you, books that inspired you to write, books that allowed for healing, books that felt like a friendship, like family, books that made you nod.

Participants can bring as many texts as they want.
Participants read up to the equivalent of a page each time.
Participants can read in any language.
Participants can choose to tell a story about the chosen excerpts.
Participants are welcome to attend with no obligation to read.

¹ Chris Kraus, I Love Dick, 1997.
² Nirmal Puwar in Sara Ahmed, On Being Included: Racism and Diversity in Institutional Life, 2012.



Lorsque nous posons cette question: « la subalternité peut-elle lire ?» ce que voulons dire c’est plutôt: « pouvons-nous lire les un.e.s pour les autres ? ».

Dans son ouvrage I love Dick, Chris Kraus converse avec Deleuze et Guattari, elle répond à leur énonciation du désir et du manque et écrit « le désir ce n’est pas le manque, c’est un surplus d’énergie – une claustrophobie sous la peau ». Bien que Kraus soit blanche, instruite, riche et célèbre, cette définition d’un “désir qui excède” a le potentiel d’éclairer un état familier à la subalternité. Il s’agit d’une certaine agitation ou encore d’une imminence de l’expansivité ressenties dans les vécus racisés, tout particulièrement ceux des femmes et ceux identifiés à des expériences femme, queer et trans. Cette claustrophobie inhérente à la condition coloniale se manifeste dans l’intimité, teinte les amitiés mais traverse aussi les gestes artistiques et d’écriture. Ce sont précisément les personnes et les œuvres qu’elle concerne qui sont trop souvent comprises et représentées comme étant déficientes.

Nous proposons de renverser les termes qui naturalisent le manque en résistant à un diagnostic de la déficience et à toute prescription oeuvrant à pacifier, corriger ou ajuster le sujet subalterne.

L’acte d’écriture est effectivement traversé par le désir, faire de ce l’on aime notre travail est un fait du désir et un transfert de désir dans le monde. Simultanément, c’est un privilège que d’être désirable, que d’être reçu.e, sollicité-e et accommodé.e. Car devant nous s’érige continuellement une économie genrée du désir et ses innombrables transactions organisées par les paramètres régulateurs de race et de classe. Ici, la distribution d’un quelconque surplus de désir est consubstantielle à celle d’un surplus de travail (émotionnel) tandis que tous deux sont métabolisés par le patriarcat et le libre marché.

Mais cet excès d’énergie (une accumulation de survie à la limite du supportable) ne se situe pas uniquement sous la peau du corps subalterne. Il s’énonce déjà dans la manière dont les corps racisés – présumés par ailleurs déficients - excèdent le milieu institutionnel et envahissent ses espaces. Nous rappelons à cet effet que ces conditions d’existence et de circulation(s) ne sont pas spécifiques au contexte académique, elle organisent déjà la société à tous ses niveaux. C’est cet aménagement qui fait que les chercheur.e.s subalternes sont amené-e-s à lire les puissant-e-s (dans ce cas-ci Deleuze, Guattari, Kraus), mais encore, à les lire pour les lieux mêmes du pouvoir dont elles/ils doivent démontrer qu’elles/ils reconnaissent les codes. Elles/ils expient et se rachètent. Conséquemment, lorsqu’elles/ils écrivent c’est souvent pour mieux justifier leur excès dans la tentative de se faire connaître autrement que pour la déficience.

C’est pourquoi, lorsque nous posons cette question: « la subalternité peut-elle lire ?» ce que voulons dire c’est plutôt: « pouvons-nous lire les un.e.s pour les autres ? ».

Amenez des livres qui vous émeuvent, des ouvrages qui vous ont encouragé à écrire, qui vous ont consolé, guéri et qui se côtoient comme des amis.

Les participant-e-s peuvent amener autant de livres qu’elles/ils le souhaitent. Les participant-e-s peuvent lire l’équivalent d’une page à la fois. Les participant-e-s peuvent lire dans la langue de leur choix. Les participant-e-s peuvent décider de commenter ou pas les passages choisis. Les participant-e-s sont invité-e-s à assister à l’événement sans être tenu.e.s de lire.